Nostalgie poétique

17 Déc Nostalgie poétique

Enfin des nouvelles
Grandes eaux

Vendredi 17 décembre 1915

Cinq heure du matin. Voici 3 heures que je monte la garde dans l’abris. Le temps me semble long; et après avoir vidé tout d’abord les deux puits, et joué de nombreux airs sur mon harmonica, me voici à la lueur d’une bougie à griffonner ces lignes J’entends des gouttes d’eau s’aplatir dans la boue du couloir pendant que l’humidité me pénètre tout entier. Je songe à la fin décembre 1914 et me revois pensif et résolu cependant dans la décision que depuis longtemps déjà, j’avais prise. J’étais alors à la sucrerie de Wanze, et j’étais hébergé chez Charles Maisin dans sa jolie maison de Bas-Oha.

En face passe le chemin de fer et à cette époque le trafic allemand était considérable. Nuit et jour ce n’était que longs convois de munitions et matériel de guerre des plus variés. De grands transports d’artillerie et de corps d’armées d’un front à l’autre, des trains sanitaires ramenant les blessés et, spectacle affolant, crispant, ces jeunes troupes enthousiastes, qui se précipitent au combat l’air dédaigneux et certain de celui qui se prétend le plus fort. Je ne pouvais voir ce spectacle sans frémir surtout que moi j’étais toujours là, homme solide et inutile à ne rien faire pendant que tant de braves belges luttaient à un contre dix. Cette inaction me pesait plus qu’une lourde faute, et était le cauchemar de tout instant.

Ainsi donc j’étais décidé à partir après les fêtes de la Noël, et j’examinais alors la façon dont j’allais en avertir Père et Mère surtout (certain on dit que les parents n’avaient rien à voir dans ces sortes de décisions, et qu’il fallait passer outre. J’estime qu’il n’en est rien et qu’on doit peser leurs objections. Il s’agissait pour Mère de me laisser partir après Paul et Franz). Je me revois encore là bas, alors que j’en étais à mes derniers jours à la sucrerie, goûter dans leur pleine plénitude mes derniers jours de liberté.

Quelques  promenades dans les environs de Bas-Oha par un froid soleil de Décembre, et en particulier celle que je fis le dernier dimanche aux Ruines, me sont encore présentes. Au pied de la tout antique, assis sur les vieux murs en ruine, toute la vallée de la Meuse s’étendant à mes pieds et se perdant au loin dans le soleil couchant dont les rayons jaunes pâles vous éblouissaient sans réchauffer. Le canon ne cessait de gronder à l’horizon, surtout loin dans la direction de l’Yzer. L’imagination alors travaillait et vous mettait en présence de combats épiques et grandioses (j’ai vu maintenant ce qu’étaient ces coups de canon). Des trains boches remontaient la vallée avec de jeunes troupes et du matériel tandis que sur la route, les autres circulaient en hâte. Il est impossible de compter les impressions que j’avais alors dans ce soir tombant, de me voir encore les bras croisés, à laisser combattre les autres, de tout jeunes, des pauvres diables, des pères de famille etc. Les lieux mêmes où je me trouvaient respiraient encore les combats et me prédisaient le départ. Douze mois ont passé et me voici !Hélas c’est bien malgré moi mais comme guerrier qu’ai-je fait jusqu’à présent.

Vue de Bas-Oha

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2 Comments
  • Sybille Duchateau
    Posted at 23:16h, 19 janvier Répondre

    Bon-Papa était dans la maison de Charles Maisin.

  • Domideco
    Posted at 08:36h, 12 mars Répondre

    4eme paragraphe:
    – « Au pied de la tout antique, » Il parle de « la tour antique ».
    – « Il est impossible de compter les impressions…. ». Bien sur il ne s’agit pas de calculer, mais bien de raconter, donc « conter ».

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