Lugubre

01 Avr Lugubre

Les groseilliers
Le grand match

Samedi 1er avril 1916

 

Les poissons d’avril sont nombreux cette année! Est-ce le besoin de s’amuser ou serait-ce un signe de décrépitude?

 

Promenade inoubliable à Dixmude. Parti avec Declercq et Dubois vers 10h nous arrivons face au boyau conduisant à Dixmude à midi et demie, après avoir pris quelques photos intéressantes dans un poste d’observation.

Là une petite maison en ruine s’indiquait pour notre repas. En cinq sec, nous étions installés confortablement. Ce ne fut pas long car un schrapnell vint troubler notre repas et nous fit battre en retraite presque aussitôt. Les boches nous avaient vus. Sept ou huit percutants explosèrent alors tout autour de nous mais nous étions déjà à l’abri et l’incident se terminait ainsi de très bonne façon.

Détail lugubre, cette misérable bicoque renfermait les cercueils destinés aux soldats tués aux tranchées.

 

Après avoir visité le petit cimetière de soldats, le long de la route, nous nous dirigions vers Dixmude par le boyau qui est un vrai dédale. Il est impossible de se faire une idée des travaux effectués pour la défense si on ne les a pas vus, tant pour le travail que pour l’ingéniosité. C’est par millions qu’on a utilisé les sacs pour l’édifice des parapets.

 

Bientôt, nous arrivions à la gare de Caeskerke complètement défoncée par les obus.

De là jusqu’en première ligne, tout est dévasté et complètement bouleversé.

 

Jamais je n’oublierai l’impression ressentie à la vue du tank à pétrole de triste mémoire. Quelle désolation! comment est-il possible de tenir et de travailler dans un saillant semblable, exposé de 3 côtés aux balles. Et dire que Paul et Franz ont attaqué en cet endroit. Et là, près de ce tank à masse rougeâtre, Paul, blessé grièvement est resté une journée à quelques mètres des boches, couché dans un trou d’obus. La nuit suivante, aidé de l’aumônier et de 4 ambulanciers, Franz parvenait à ramener Paul au prix de mille difficultés et d’un tué et 2 blessés tandis que Paul était de nouveau atteint par 2 balles de Schrapnell  dans le ventre.

Jamais ces lieux lugubres ne s’effaceront de ma mémoire.

 

En première ligne, les balles sifflaient de tous côtés et faisaient voler la terre des sacs sur nos têtes. Le périscope par lequel je regardais fut même percé par une balle.

 

Après avoir fait quelques photos intéressantes, nous avons continué notre promenade par l’abri du major, la minoterie, le pont du chemin de fer en revenant à Caeskerke par le boyau de la locomotive.

 

En face de la minoterie, la jambe d’un dragon français, tué en observation dans un arbre lors de la bataille de Dixmude, pend encore en l’air, la guêtre et le soulier parfaitement visibles. C’est plutôt lugubre!

Les groseilliers
Le grand match

Suivez les carnets de guerre par email

1Comment

Post A Comment